Afghanistan : Dieu n'est pas sympathique
Par Luc Delval le jeudi 21 août 2008, 12:01 - Les amis de nos amis - Lien permanent
Comme l'avait si aimablement versifié Léo Campion il y a déjà une quarantaine d'années [1], "Dieu n'est pas sympathique".
Imaginez ! La France vient de perdre dix de ses fils précieux dans la guerre qu'elle mène sans le dire (puisque officiellement il n'y a PAS de guerre) en Afghanistan.
Ils étaient tous chrétiens : pas un juif, pas un musulman, pas un athée parmi ces dix-là ! On peut du moins le supposer, puisque tous les dix ont reçu un hommage de ceux-là mêmes qui les ont envoyés en Afghanistan au cours d'une "cérémonie oeucuménique" [2] en "l'Eglise des Soldats" de l'Hôtel des Invalides à Paris. Qu'en conclure, sinon que "Dieu n'est pas sympathique" d'abord avec les siens ?
De Louis XIV on retient parfois trop le côté fastueux et vaguement ridicule de la cour de Versailles. On n'a pas assez souligné qu'il fit aussi le plus rentable des investissements publics en bâtissant l'Hôtel des Invalides, son hôpital et son église. Depuis 1670, rien n'a vraiment changé : la France continue à faire la guerre de temps en temps. Elle a donc des blessés à soigner et des morts à honorer. Depuis plus de 300 ans, les outils dont Louis XIV l'a dotée pour cela ne chôment pas. Et en prime, ils ont aujourd'hui le prestige que seul le temps confère.
Mais les dirigeants de ce début de XXIème siècle sont bien moins réalistes que ne l'était le Roi Soleil, qui n'imaginait pas, lui, que l'on puisse faire la guerre sans avoir de morts. En son siècle on n'était pas aveuglé comme aujourd'hui par le côté magique de la technologie.
Chirac et son premier ministre "socialiste" Jospin, qui décidèrent d'envoyer des troupes en Afghanistan, et Sarkozy, pas plus que les dirigeants de 25 des 27 pays de l'Union Européenne, n'ont cette lucidité. Et les ricains pas davantage, qui comme les autres croient qu'on peut faire la guerre sans avoir de victimes. De victimes dans son propre camp, il va sans dire.
Le scénario est connu, il a été maintes fois répété avec quelques variantes depuis la guerre du Vietnam.
L'Occident débarque avec son arsenal technologique (la guerre, ça se prépare et c'est avant tout un truc de commerçants). Parfois il chasse un régime tyrannique et bénéficie pour cela, un temps, d'une certaine sympathie de la population locale, qui attend aussi qu'on lui distribue du pognon. Mais très vite celle-ci s'inquiète et s'irrite de voir que ses "libérateurs" n'ont pas l'intention de rentrer chez eux, qu'ils s'installent. Et elle se demande si c'est vraiment uniquement pour son bien qu'ils sont là.
Les "libérateurs", eux, sont obsédés par l'idée qu'il ne faut pas avoir de morts dans leurs rangs.
Pour venir à bout des "insurgés" (interdiction d'appeler "résistants" ceux qui s'opposent à l'invasion militaire de leur pays), ils privilégient donc une guerre de haute technologie, surtout aérienne puisqu'ils ont la maîtrise absolue du ciel.
Ils bombardent, et les "frappes" aériennes ont beau être qualifiées de "chirurgicales", les bombes tombent un peu au petit bonheur la chance. Les types qui passent à 5.000 mètres d'altitude au minimum sont un peu pressés de retourner à la base, où le bar est douillet (souvenir peut-être, dans le cas de l'Afghanistan, de l'époque où les Américains fournissaient des missiles portatifs "Stinger" aux Talibans, ce qui leur permettait d'abattre les appareils soviétiques en vol ? On ne sait jamais qu'ils en retrouvent un au fond d'une grotte...).
Au sol, les troupes circulent dans leurs véhicules blindés et n'en sortent que si vraiment il n'y a pas moyen de faire autrement. Ils déambulent alors dans les villages, déguisés en "robocops" de 150 kilos, hérissés d'antennes, casque lourd sur la tête, toujours l'arme pointée vers tout ce qui bouge, d'autant plus prompts à tirer qu'ils crèvent plus ou moins de trouille, et ignorant qu'on peut ouvrir une porte sans la défoncer... En cas de danger, ils appellent les avions ou les hélicos par radio, histoire de "nettoyer le terrain" avant de s'y risquer. Ca crée une certaine qualité de relations entre les soldats étrangers et les autochtones...
Sur le plan politique, dans le même temps, les "libérateurs" ont installé un nouveau régime, qui ne tarde pas à se révéler non moins tyrannique que l'ancien, mais surtout corrompu jusqu'à la moelle, au moins autant que l'ancien. Les conditions de vie de la population de s'améliorent donc en rien (personne ne sait où passe le pognon annoncé il y a quatre paragraphes), et en plus elle craint à tout instant le déchaînement de violence de ces "libérateurs" qui ne sont évidemment rien d'autre que des troupes d'occupation. Une occupation donc la véritable raison d'être n'a jamais, au grand jamais, été la libération de la population d'un quelconque joug ou l'instauration d'une démocratie véritable.
L'Occident s'accommode très bien, depuis toujours, des régimes pourris, pourvu qu'ils sachent se rappeler qui est le maître et que la libre entreprise c'est sacré... Ainsi, en Afghanistan, qu'importe que la majeure partie des milliards de dollars investis, soi-disant, pour la reconstruction du pays après la guerre disparaissent mystérieusement dans les poches d'une petite caste dont Hamid Karzaï est le point focal. La population n'en verra jamais la couleur. Mais l'Occident, lui, il estime avoir fait son devoir. En fait, il achète les dirigeants, et il ne comprend pas pourquoi le peuple, ces "barbares", n'apprécie pas les sacrifices qu'il consent...
A PARTIR DE DIX MORTS, UNE BELLE CEREMONIE
Ainsi donc, la France vient de perdre dix de ses soldats. Dix d'un coup. Car ce ne sont pas, loin s'en faut, les premiers [3]. Mais les autres n'étaient pas passés de vie à trépas "en grappe". Or, pour les hommages officiels, c'est indispensable. Un mort c'est trois lignes dans les journaux, trois c'est une brève au Journal télévisé du soir. Mais dix, c'est une belle cérémonie aux Invalides.
Ils étaient tous là pour le spectacle (représentation unique). A part Chirac, qui avait un mot d'excuse, il ne manquait personne. La Boutin de la République était en noir, Rachida était en Chanel comme toujours et le costume de Jean-Louis Borloo venait de se faire repasser (lui aussi).
Dans la cour d'honneur des Invalides, à un moment donné, il y avait tant de limousine officielles que si on les avait revendues au prix du jour il y avait de quoi nourrir l'Afrique pendant une semaine.
Dans l'église, Sarkozy et Fillon se sont livrés à un concours de signes de croix dès que les caméras étaient sur eux. C'est Sarko qui a gagné. Très concentré, Sarkozy : il n'a ni reçu ni envoyé de SMS pendant la cérémonie, pas le moindre coup de fil non plus.
Puis on a eu droit à la marche funèbre de Chopin, comme d'hab. Deux fois.
Dans son allocution, l'über-président a, comme d'hab aussi, beaucoup parlé de lui-même, il a plaidé sa propre cause, lui qui a rompu avec l'engagement du candidat qu'il fut de dégager la France du bourbier afghan et qui l'y enfonce au contraire au moment où la plupart des experts en géostratégie disent que cette guerre est déjà perdue. On l'a plaint sincèrement lorsqu'il évoqua la solitude du pouvoir. On a tressailli lorsqu'il dit à quel point l'émotion l'étreint (sifflera trois fois). On a failli le croire quand il assura les dix morts que la France "ne les oubliera pas". Pas très original, mais l'impudeur à ce niveau c'est de l'art.
C'est quand - dans son plaidoyer pro domo - il évoqua "la barbarie et l'obscurantisme" du "régime moyenâgeux" et "terroriste" que les armées occidentales sont allées combattre en Afghanistan qu'il atteint au sublime. Au sublime de l'hypocrisie, s'entend.
Car le régime actuel - mis en selle par les Américains quand leurs anciens protégés Talibans (qu'ils ont soutenus, armés et entraînés à l'époque où ils se battaient contre l'Armée rouge) leur devinrent vraiment insupportables - ne vaut pas tellement mieux. Ainsi Sarkozy s'est-il bien abstenu d'évoquer (ce n'était ni le lieu ni le moment, convenons en) la condamnation à mort en janvier dernier, au terme d'une parodie de procès au cours duquel la défense n'a pas eu la parole car aucun avocat n'a osé s'en charger [4], d'un journalistes accusé de "blasphème".
Non non, pas par les Talibans ! Par la "justice" du régime éminemment démocratique soutenu par les armes de l'Occident, dont la Constitution repose sur la Charia,. Il n'a pas évoqué non plus les 15 condamnations à la peine capitale exécutées en secret à Kaboul le 7 octobre 2007 par un peloton d’exécution. Il a seulement dit qu'en Afghanistan l'armée française combat pour le Bien, contre le Mal. Et là-dessus, il aurait bien fait un petit signe de croix, mais justement la caméra n'était plus sur lui, alors...
TOUT CA POUR CA
Les dix jeunes hommes que la France officielle a portée en terre jeudi avec des pompes funèbres qui servaient essentiellement à masquer à quel point il ont été trompés sur la nature des valeurs qu'ils croyaient certainement sincèrement défendre, ont été victimes, autant que des Talibans, de l'aveuglement de ceux qui croient qu'on peut gagner la "guerre contre le terrorisme" avec des avions, des hélicos, des drones, quelques blindés légers et en sacrifiant la peau de quelques centaines de soldats.
Et pour quel résultat ? Un rapport du Secrétaire général de l'ONU, peu suspect d'une hostilité de principe à l'intervention militaire en Afghanistan, dont il souligne surtout les succès, et tout imprégné de cette phraséologie si particulière propre aux diplomates [5], est à cet égard édifiant. On y lit :
Qu'il soit ou non assez naïf pour croire que le gouvernement afghan veut lutter contre la corruption dont il est le "quartier général", et dont certains occidentaux sont les partenaires actifs, le Secrétaire général de l'ONU doit bien constater que les 49.000 hommes disponibles de l'armée afghane et les 41.700 membres de la FIA (Force Internationale d'Assistant à la Sécurité - nom officiel des troupes d'occupation mandatées par l'ONU) ne parviennent pas, "malgré les succès tactiques remportés" à maîtriser la situation.
Tant les Taliban et les groupes armés apparentés que l’économie de la drogue représentent des menaces fondamentales pour les institutions politiques, économiques et sociales, encore fragiles. Malgré les succès tactiques remportés par les forces militaires nationales et internationales, les éléments antigouvernementaux sont loin d’être vaincus. Trente-six des 376 districts, dont la plupart des districts de l’est, du sud-est et du sud, demeurent en grande partie inaccessibles aux responsables gouvernementaux afghans et aux travailleurs humanitaires. Cela entrave l’acheminement de l’aide humanitaire aux personnes vulnérables, situation que les rudes conditions climatiques des derniers mois ont aggravée. Par ailleurs, la mauvaise gouvernance et les tentatives de développement limitées qui sont faites, notamment, au niveau des provinces et des districts, continuent de susciter une résistance politique favorable, directement et indirectement, aux éléments hostiles au Gouvernement. (...) le Gouvernement comprend à quel point la corruption compromet sa crédibilité et suscite la méfiance de la population, condition minimale indispensable pour qu’il tente résolument de remédier au problème.
C'est que, à la surprise générale, ces coquins de Talibans ont changé de tactique :
C'est entendu, les Talibans ne sont pas des gens fréquentables. Mais, et dans l'autre camp ? Le rapporteur de l'ONU note, en des termes diplomatiques :Les méthodes employées par les éléments hostiles au Gouvernement ont évolué de façon notable en 2007. La supériorité des forces de sécurité afghanes et internationales dans les batailles de type classique a contraint les groupes d’opposition armés à recourir à des tactiques asymétriques à petite échelle visant principalement les Forces nationales de sécurité afghanes et, accessoirement, les civils : engins explosifs improvisés, attentats-suicides, assassinats et enlèvements.
Il y a eu 160 attentats-suicides et 68 tentatives déjouées en 2007, contre 123 et 17 en 2006. Une attaque contre une délégation parlementaire en visite dans la province de Baghlan a provoqué la mort du porte-parole de l’opposition, Sayed Mustafa Kazemi, et d’au moins 63 autres personnes, dont 6 enfants. Le 14 janvier 2008, l’attaque de l’hôtel Serena de Kaboul par des terroristes a fait 8 morts et 9 blessés, afghans et étrangers. Le 17 février 2008, lors de l’attentat le plus sanglant que le pays ait connu depuis 2001, qui s’est produit dans le district d’Arghandab, près de Kandahar, un kamikaze a tué 67 civils et 13 agents de la police nationale, dont le commandant de la police du district, et blessé 90 personnes. Le lendemain, 35 civils ont été tués et 28 personnes blessées, dont 3 soldats de la FIAS, lorsqu’un convoi de la FIAS a été la cible d’un engin explosif improvisé embarqué à bord d’un véhicule dans la ville frontalière de Spin Boldak.
Bien que la rébellion trouve dans la population afghane des appuis dont elle tire une partie de sa force *, il lui faudra, pour assurer sa survie, continuer à bénéficier de l’aide que des réseaux basés à l’étranger lui apportent en matière d’encadrement, de planification, de formation, de financement et d’approvisionnement en matériel.
Le nombre croissant d’attaques visant des travailleurs humanitaires locaux et étrangers est particulièrement inquiétant. Plus de 40 convois de vivres fournis par le Programme alimentaire mondial ont été attaqués et pillés en 2007. Au cours de plus de 130 attaques contre des programmes humanitaires, 40 travailleurs humanitaires ont été tués et 89 enlevés, dont 7 ont été ensuite tués par leurs ravisseurs.
Mais alors est-ce qu'au moins la lutte contre la production de pavot et le trafic de drogue ont sensiblement progressé, Monsieur le Secrétaire général ? ? ?En 2007, le respect des droits de l’homme n’a guère progressé en Afghanistan.* Il est rarement donné aux médias et à la société civile de débattre de questions de droits de l’homme et de mettre les agents de l’État et autres personnes influentes devant leurs responsabilités. On continue de faire valoir que les droits de l’homme
sont contraires aux traditions locales et un luxe que l’Afghanistan ne peut se permettre.
[...]La liberté d’expression est de plus en plus menacée tant par des éléments hostiles au Gouvernement, qui recourent à des tactiques d’intimidation, que par les pouvoirs publics qui imposent des restrictions aux journalistes et aux médias.
[...]Des cas de torture et de mauvais traitements continuent d’être signalés. À cet égard, l’absence de contrôle exercé sur la Direction nationale de la sécurité est particulièrement préoccupante.
Nous voilà pleinement rassurés ! Donc, on avance ?
Devant l’augmentation alarmante de la culture de pavot et de la production d’opium en 2007, le Groupe chargé de la coordination des politiques, le Groupe chargé de la mise en oeuvre de la Stratégie nationale de développement de l’Afghanistan, le Comité de contrôle du Gouvernement et le Conseil commun de coordination et de suivi à sa septième réunion, se sont saisis du problème et en ont largement débattu.
Vous m'en direz tant !
La principale difficulté consiste à présent à obtenir des résultats.
On ne peut, en résumé que souscrire à cet amer constat du site d'analyses stratégiques "De Defensa" :
"L’Afghanistan montre, encore plus que l’Irak, ce qu’est devenue la “guerre” morale de l’Occident au nom de la vertu du système. Une bouillie pour les chats, qui n’a d’intérêts que pour les groupes d’intérêts particuliers qui, à Washington, à Bruxelles ou ailleurs dans les capitales de notre civilisation, négocient leur influence et, éventuellement, les commandes d’armement et les postes intéressants dans la bureaucratie. (...)
L’inefficacité, le gaspillage et la corruption vont avec, enlisant les puissances militaires occidentales dans des bourbiers qui deviennent d’immenses marécages, immobiles, ponctuées simplement de déclarations de victoire lors des changements de commandement, comme des bulles éclatant à la surface lisse de la chose".
Voilà au service de quoi les jeunes hommes à qui la France officielle a rendu un hypocrite hommage - en réalité destiné à célébrer ses propres mérites illusoires - ont été sacrifiés et sont morts à des milliers de kilomètres des leurs.
Puissent leurs veuves et leurs orphelins le comprendre un jour, et rejeter les mensonges d'Etat sous lesquels ils sont pour l'heure ensevelis à la faveur de la douleur qui est la leur.
Ils verront alors qu'en définitive Dieu n'y est pour rien. Et pour cause.
* souligné par moi
[1] in "Les anarchistes et la franc-maçonnerie - Ed. Culture et Liberté ) Marseille 1969 (réédité ultérieurement sous le tire LE DRAPEAU
NOIR, L'EQUERRE ET LE COMPAS - Alternative Libertaire - Bruxelles) -
Extrait :
"Si Adam avait su
Qu'en lui créant la femme
Le seigneur a conçu
Qu'il y perdrait son âme
Et connaîtrait alors
La vieillesse et la mort
Il eut pris pour éthique
Dieu n'est pas sympathique
On lirait noir sur blanc
Cet avis laconique
Attention, Dieu méchant
Sur les murs édéniques
L'injustice ici-bas
L'enfer dans l'au-delà
Sembleraient plus logique
Dieu n'est pas sympathique
[2] ce qui veut dire que l'on y célébra l'unité des chrétiens, pas l'unité du genre humain comme on le croit parfois. On reste bien dans une logique du "eux et nous", faut pas mélanger les serviettes catholiques et protestantes et les torchons....
[3] On dénombre à ce jour 24 morts parmi les militaires français en Afghanistan, 150 parmi les troupes américaines, 120 parmi les britanniques et 80 parmi les canadiens. Au total, le conflit afghan a déjà fait plus de 8000 victimes, dont au moins 1500 civils, selon un bilan particulièrement prudent émanant de l'ONU. Voir : http://www.afghanconflictmonitor.org/2008/03/afghanistan-con.html ou figurent des liens vers des documents onusiens.
[4] voir : http://www.lesmotsontunsens.com/afghanistan-un-journaliste-comdamne-a-mort-pour-blaspheme
[5] dans laquelle les multiples "bavures" des troupes d'occupation, surtout américaines, notamment les bombardements de villages, se traduisent par cette unique phrase : "Par ailleurs, les forces internationales n’ont pas pris de mesures suffisantes pour éviter qu’il y ait des victimes dans la population civile, ce qui a entraîné plusieurs incidents graves". Les civils afghans tués par leurs "libérateurs" n'ont pas droit à l'emphase sarkozyenne...