Bernard Demonty explique :

Les intérêts notionnels, c’est un peu comme Bruxelles-Hal-Vilvorde. Tout le monde sent que c’est un problème politique explosif, mais bien peu sont en mesure d’expliquer ce que c’est au juste.

Il s’agit, en fait, d’un avantage fiscal qui part d’une bonne intention. Avant l’entrée en vigueur de la loi sur les intérêts notionnels, en janvier 2006, une société qui recourait à l’emprunt bancaire avait le droit de déduire les intérêts de son prêt. En revanche, une entreprise qui disposait de capitaux propres, et n’avait donc pas besoin d’emprunter, ne pouvait rien déduire. C’est à cette injustice que la loi du 22 juin 2005 a entendu mettre fin.

Oui, vous avez bien lu : la réforme des "intérêts notionnels", concoctée à la demande de Didier Reynders par Paul Hatry, l'homme des milieux pétroliers, visait à corriger une insupportable injustice... entre différentes catégories de capitaux.

Que la même volonté politique de mettre fin à d'insupportables discriminations n'anime pas notre ministre de la haute finance, ses amis et ses complices "socialistes" lorsqu'il s'agirait, par exemple, de promouvoir une politique européenne de lutte contre les paradis fiscaux n'effleure même pas Bernard Demonty, tout à son bonheur, non dissimulé, devant cette constatation ; les "intérêts notionnels" coûtent cher, très cher, beaucoup plus cher qu'escompté, ils ne contribuent pas vraiment à créer de l'emploi, mais grâce à eux il s'est créé "un climat général positif".

Tous ceux qui ont entendu les hommes politiques libéraux (avoués ou dissimulés) prendre de grands engagements à propos du climat, lors de la dernière campagne électorale se sont donc mépris : c'est du climat du business qu'il s'agissait, exclusivement.  D'ailleurs, après les élections on n'en a plus guère entendu parler.

Ainsi donc, tout au plaisir de goûter à ce "un climat général positif", le journaliste du Soir ne dissimule pas le vif plaisir que lui cause ce constat : "Devant ces critiques, doit-on s’attendre à ce que le gouvernement enterre les notionnels ? Trois fois non. En réalité, il ne se trouve pas un parti politique pour appeler à les abroger".

Tout au plus, concède-t-il que "il y a de fortes chances pour que le système soit, tôt ou tard, amendé, pour empêcher les très grosses entreprises d’en user et abuser. Car en réalité, derrière la bataille de chiffres, la querelle est d’abord idéologique. La gauche veut de l’activité économique et de l’emploi, la droite une baisse d’impôt".

Mais l'essentiel, n'est-ce pas, est qu'on ne revienne pas sur le principe d'une mesure fiscale d'inspiration fondamentalement égalitaire.  Capitaux de tous les pays, détaxez-vous !