Le Soir et l'injustice
Par Luc Delval le mercredi 20 février 2008, 16:28 - Brèves - Lien permanent
C'est bon de savoir qu'il y a toujours des journalistes qui, à l'instar de Tintin, se battent sans faiblir contre toutes les injustices.
Témoin, cet émouvant papier de Bernard Demonty dans "Le Soir", sous le titre "Personne ne veut la fin des intérêts notionnels".
Ouf, on a eu peur...
Bernard Demonty explique :
Les intérêts notionnels, c’est un peu comme Bruxelles-Hal-Vilvorde. Tout le monde sent que c’est un problème politique explosif, mais bien peu sont en mesure d’expliquer ce que c’est au juste.
Il s’agit, en fait, d’un avantage fiscal qui part d’une bonne intention. Avant l’entrée en vigueur de la loi sur les intérêts notionnels, en janvier 2006, une société qui recourait à l’emprunt bancaire avait le droit de déduire les intérêts de son prêt. En revanche, une entreprise qui disposait de capitaux propres, et n’avait donc pas besoin d’emprunter, ne pouvait rien déduire. C’est à cette injustice que la loi du 22 juin 2005 a entendu mettre fin.
Oui, vous avez bien lu : la réforme des "intérêts notionnels", concoctée à la demande de Didier Reynders par Paul Hatry, l'homme des milieux pétroliers, visait à corriger une insupportable injustice... entre différentes catégories de capitaux.
Que la même volonté politique de mettre fin à d'insupportables discriminations n'anime pas notre ministre de la haute finance, ses amis et ses complices "socialistes" lorsqu'il s'agirait, par exemple, de promouvoir une politique européenne de lutte contre les paradis fiscaux n'effleure même pas Bernard Demonty, tout à son bonheur, non dissimulé, devant cette constatation ; les "intérêts notionnels" coûtent cher, très cher, beaucoup plus cher qu'escompté, ils ne contribuent pas vraiment à créer de l'emploi, mais grâce à eux il s'est créé "un climat général positif".
Tous ceux qui ont entendu les hommes politiques libéraux (avoués ou dissimulés) prendre de grands engagements à propos du climat, lors de la dernière campagne électorale se sont donc mépris : c'est du climat du business qu'il s'agissait, exclusivement. D'ailleurs, après les élections on n'en a plus guère entendu parler.
Ainsi donc, tout au plaisir de goûter à ce "un climat général positif", le journaliste du Soir ne dissimule pas le vif plaisir que lui cause ce constat : "Devant ces critiques, doit-on s’attendre à ce que le gouvernement enterre les notionnels ? Trois fois non. En réalité, il ne se trouve pas un parti politique pour appeler à les abroger".
Tout au plus, concède-t-il que "il y a de fortes chances pour que le système soit, tôt ou tard, amendé, pour empêcher les très grosses entreprises d’en user et abuser. Car en réalité, derrière la bataille de chiffres, la querelle est d’abord idéologique. La gauche veut de l’activité économique et de l’emploi, la droite une baisse d’impôt".
Mais l'essentiel, n'est-ce pas, est qu'on ne revienne pas sur le principe d'une mesure fiscale d'inspiration fondamentalement égalitaire. Capitaux de tous les pays, détaxez-vous !
Commentaires
"la querelle est d’abord idéologique. La gauche veut de l’activité économique et de l’emploi, la droite une baisse d’impôt"
Est-il possible de développer ce concept intéressant ?
C'est probablement la foumule la plus creuse qu'ait produit un journaliste de la presse quotidienne depuis quelques temps. Et pourtant il y a de la concurrence. Sauf à admettre, et l'hypothèse n'est pas à écarter, que la baisse d'impôts voulue, selon l'auteur, par la droite ne soit pas destinée à créer des emplois mais à creuser encore un peu plus la disparité des richesses. L'actualité abonde d'exemples de grands patrons qui ne comptent pas, eux, sur le hasard des loteries pour devenir "scandaleusement riches".
L'economie n'est pas une science exacte, soit.
Mais défendre une mesure en prétendant qu'on ne peut en évaluer les bénéfices est lui rendre un mauvais service, surtout quand on en connait le cout: 2,4 milliards.
Parce qu'on peut au moins savoir combien elle aurait créé d'emplois aux maximum jusqu'ici: 56.000 en 2007 (source BNB).
Parce qu' on sait combien les tenants de la mesure ont annoncés d'emplois créés: 200.000, 120.000, 70.000, et finalement "on ne peut pas savoir".
Parce que d'autres moyen de réduire de la pression fiscale sont en compétition avec les interets notionnels. Les détails modestes mais rigoureux sur http://www.interetsnotionnels.be . Corrigez, critiquez, participez au débat public!
Soyons de bon compte : il ne me semble pas que les partisans des intérêts notionnels aient jamais soutenu que les dizaines de milliers d'emplois espérés seraient le résultat de cette seule mesure. D'ailleurs, d'une manière générale, l'estimation du nombre d'emplois créés ou maintenus grâce à telle ou telle mesure gouvernementale, fiscale ou autre, est toujours un exercice périlleux dans lequel le flou et l'arbitraire règnent en général en maître.
L.D.