La RTBF et l'affaire du DHKP-C : la lâcheté
Par Luc Delval le vendredi 08 février 2008, 01:01 - Brèves - Lien permanent
Au Journal Télévisé de la RTBF, la manipulation par le pouvoir politique de la composition d'un tribunal, composé "sur mesure" dans le but d'obtenir une condamnation politique, criminaliser des militants politiques et priver des citoyens de leurs droit essentiel à un jugement équitable, cela s'appelle "des maladresses".
Quand des magistrats, en premières instance à Bruges puis en appel à Gand, renoncent à ce qui est le premier de leurs devoirs, à savoir l'indépendance, et se mettent moralement et mentalement au garde-à-vous devant un parquet fédéral en proie à un délire paranoïaque qui n'a pas fini de faire des dégâts, ce sont encore "des maladresses".
Quand des gens sont, dans ces conditions, emprisonnés pendant des mois, ce ne sont même pas des maladresses : on le passe sous silence tout simplement. Après tout, ils sont Turcs et d'extrême-gauche, il doivent bien avoir quelque chose à se reprocher, non ?
Pour Benjamin Adnet, quand la ministre de la Justice, celui de l'Intérieur, des membres de la Sûreté, des fonctionnaires des Affaires étrangères, last but not least, des membres du Parquet fédéral complotent pour violer sciemment et délibérément la loi (la falsification à posteriori du PV de la réunion des conspirateurs le démontre), ce sont toujours "des maladresses".
Quand le gouvernement est confronté à la vérité - à savoir les agissements illégaux et fondamentalement contraires à tout esprit démocratique de certains de ses membres les plus éminents dans le but de faire livrer un citoyen belge à la Turquie - dans un rapport du "Comité R" (comité de contrôle des services de renseignement dépendant du Parlement), pour M. Benjamin Adnet toute cette histoire doit être attribué à "des proches" des militants aujourd'hui acquitté. Autant dire qu'il ne faut pas trop y croire.
Tant de lâchetés en si peu de phrases...
Commentaires
La collusion de la RTBF avec le pouvoir n'est pas neuve; elle reste révoltante.
Dans une affaire bien moins grave que celle-ci, on a pu s'en rendre compte avec beaucoup de clarté :
http://bulles.agora.eu.org/20071217...
Là encore les intérêts de quelques bonzes du parti dominant étaient menacés. La machine à intoxiquer s'est mise en marche au quart de tour.
Des dizaines de plaintes déposées au service de médiation contre ce reportage partial n'ont pas ébranlé un quart de seconde la belle assurance le service de réécriture de l'histoire sis boulevard Reyers.
C'est très subjectif ce que vous avancez, en fait vous faites exactement la même chose, vous déformez la situation et faites de la propagande pour un groupe extrêmiste qui agit sur le territoire belge, il est inadmissible que des individus aussi dangeureux que ces kurdes ou ces maoïstes turcs utilisent la Belgique comme base arrière de leurs méfaits ... c'est ireesponsable de votre de part !!!!
à bas tous les extrêmismes !
L.D. : Vous vérifiez pleinement l'adage qui veut que quand le doigt montre la lune certains (les imbéciles, dit-on...) regardent le doigt.
Ce qui est en cause ce n'est pas le caractère recommandable ou non de telle ou telle organisation, c'est le fonctionnement de la Justice dans un pays qui se prétend démocratique.
Si, comme ce fut le cas dans le cas du DHKP-C en général et de Bahar Kimyongur en particulier, on impose aux règles légales des distorsions graves dans le but d'obtenir une condamnation voulue par le pouvoir politique pour des raisons beaucoup moins avouables que vous semblez le supposer, il n'y a plus de séparation des pouvoirs, et quand il n'y a plus de séparation des pouvoirs il n'y a plus de système démocratique.
Après l'arrêt de la Cour d'Appel d'Anvers des media aussi révolutionnaires que "La Libre Belgique", "Le Soir" et "De Morgen" ont indiqué que Laurette Onkelinx avait mis en place pour juger ces militants "des tribunaux d'exception" (en première instance à Bruges et en Appel à Gand) avant que la Cour de Cassation vienne y mettre bon ordre.
Je n'ai nullement légitimé les actes de violence attribués au DHKP-C sur le territoire turc, quoique la Turquie ne mérite incontestablement pas le label de "démocratie", que la torture y soit monnaie courante et que la hâte de certains à vouloir l'inclure dans l'Union Européenne soit hautement suspecte et lourde de dangers.La "propagande pour un groupe extrémiste", elle est implicitement le fait de Laurette Onkelinx et consorts, qui ont manoeuvré de manière si grossière et si honteuse qu'ils ont abouti à un jugement qui est au final vraisemblablement plus clément que si la Justice avait fonctionné normalement depuis le début (il y a neuf ans !). Il en résulte que vraisemblablement la majorité des gens retiendront que les sept militants du DHKP-C ont été acquittés, alors que certains d'entre eux ont quand même été condamnés pour détention d'armes prohibées (on suppose quand même qu'ils ne les possédaient pas uniquement à des fins de collection) et de faux passeports et autres documents d'identité (qui devaient bien avoir eux aussi une utilité quelconque).
Par ailleurs, la question à laquelle les tribunaux devaient répondre n'était pas de savoir quelle est la nature du DHKP-C, mais bien de savoir si cette organisation devait être regardée comme terroriste EN BELGIQUE et quels délits avaient éventuellement commis ses militants qui soient punissables EN DROIT BELGE. Les juges n'ont pas à porter de jugement autre qu'en regard de la loi qu'ils sont chargés d'appliquer. Si elle est mal faite, ce n'est pas à eux ni d'en supporter le reproche, ni de vouloir y suppléer en l'appliquant de manière malhonnête.
Ceux qui se sont prêtés à ce jeu se sont abaissé au niveau d'abjection qu'ils prêtaient à ceux qu'ils prétendaient condamner.